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''la réalité est à réviser jour après jour''

Texte lu par Wouter Verrips, le 18 mai 2000, dans le hall Saint-Genès,
à l'Hôtel du Département de Clermont-Ferrand.,
à l'occasion du vernissage de son exposition la nuit.

Quelqu'un a écrit dans le journal ‘La Montagne’ que je fais partie d'une certaine école néerlandaise, qui place l'humain au cœur du sujet. Je serais toujours honoré de faire partie d'une école de peinture, mais, comme vous pouvez le voir dans cette exposition, je ne fais pas que des humains … Le thème central de cette exposition est la nuit. La nuit qui change les gens, le monde, le visuel. Il y en a qui disent que la nuit donne des images qui n'osent pas exister en pleine lumière du jour. Il y en a qui disent que la nuit est une travestie, que la nuit nous donne une perception des images sans réalité, pas vraie, comme des rêves. Il y en a qui craignent la nuit. Pour moi, qui pense que tout ce qu'on dit et tout ce qu'on pense est au moins partiellement vrai, la nuit est une partie du réel, comme le jour, le matin, le soir, l'après-midi, l'hiver et le printemps, les rêves, l'amour et les idées. Je fais mes dessins, mes sculptures et peintures comme une recherche journalistique. J'essaie de regarder partout, même dans la tête. Je construis et reconstruis, pour rechercher mon point de vue, pour mieux regarder, pour mieux comprendre, pour changer d'avis. Je ne m'arrête pas au bout d'un style. Je ne m'arrête pas au bout du jour. Je vis aussi la nuit.

Je vais maintenant vous fatiguer un instant, en parlant d'un de mes problèmes artistiques.

Je connais peu la situation culturelle en France. Dans mon pays, aujourd'hui, on croit les photos, les vidéos.
Parfois, on croit même les écrivains et les journalistes ; mais personne ne croit les dessins, les peintures, les sculptures.
Un petit groupe d'artistes et fonctionnaires du ministère de la culture du gouvernement néerlandais ont une large influence sur le climat artistique de mon pays.
Ce ministère est largement responsable de ce qui se passe dans les musées, dans les commissions publiques, les écoles d'art et même dans les galeries.
Il y a une ''Iiste'' des galeries qui sont reconnues ‘’galeries
importantes’’ par le gouvernement et en conséquence, aidées au niveau financier.
Les autres, considérées comme des ‘bric-à-brac’, ne sont pas aidées.

L'état a réalisé que mon métier peut être utile pour améliorer ou illuminer nos constructions architecturales et l'espace public ; les arts aident à rechercher et développer notre « communication visuelle » ; ils stimulent la fantaisie, l'inspiration, la philosophie. On dit que mon métier est utile, pour les loisirs ou comme psychothérapie. Les responsables de la culture du gouvernement néerlandais, comme beaucoup d'intellectuels de cette époque, pensent que mon métier n'est pas destiné à représenter la réalité. On dit que la réalité, ça n'existe pas. Le réel est une perception, une construction, faite par les gens eux-mêmes. A chacun sa ‘vérité‘ individuelle, différente d'une personne à l'autre, un peu plus influencée par des gens de grand pouvoir ou de grande intelligence. La recherche sur le réel se fait par les sciences. On peut interpréter la vérité, pas l'imiter. D'après cette philosophie, les arts construisent une réalité artistique; rien à faire avec ‘’l'ancienne’’ réalité ou vérité. C'est ce qu'on dit. ..On pense que c'est même dangereux quand les arts veulent participer à la construction, au débat public et à la recherche sur la réalité, croyant dire une vérité. On pense au fascisme, au communisme ; on parle de la liberté.
En principe, personne ne met en cause l'importance de la liberté artistique. Mais que faire quand la liberté est définie et attrapée dans l'art ? Que faire quand la réalité n'est plus un sujet accepté dans l'art, quand on a la liberté à condition qu'on reste loin de la vie réelle.
La liberté, en tout cas, n'est pas quelque chose qu'on puisse donner. Il faut la prendre.
Quand la liberté de l'art est définie, à la limite, cette liberté n'existe plus.
Pour les artistes parfois, c'est mieux de ne pas s'occuper des théories, de ne pas en savoir plus, même de ne pas savoir du tout.
Faire ce qu'il y a à faire et ne pas trop penser.

La plupart des gens savent que tout n'est pas vrai dans ce que leurs gouvernements leur disent.
Mais aussi, la plupart ne me payent pas -même pas un pain - pour ma vérité. Ils me disent qu'ils ont assez payé :
« Allez voir le gouvernement où nous avons déposé nos taxes pour nourrir des salauds inutiles comme toi.
C'est lui qui fait travailler les artistes ! Avec les subventions qu'il donne ! "...

Pour des raisons diverses, les gouvernements et autres communautés modernes font un effort pour les arts. Dans le même temps, les gouvernements ont largement besoin d'assurer que leurs activités de supporter de l'art, font preuve d'un point de vue libéral. Leurs supports philosophiques et, avec ça, leurs moyens économiques, se dirigent préférablement vers les artistes qui font des œuvres qui ne représentent pas la vie réelle. C'est dur de décider de l'emploi des fonds publics. Il faut décorer nos bâtiments et espaces publics, d'une façon démocratique. Toutes les représentations irritent quelqu'un, il faut être « moins explicite ", « plus dense " , ou sans représentation du tout, et en tout cas « moderne ". Dans l'art subventionné, il faut éviter d'avoir à faire avec la réalité.

La réalité, c'est quoi ? Il vaut mieux rester dans la fantaisie. La plupart des artistes professionnels contemporains s'adaptent à ces conditions. Ils cherchent à casser les points de vue fixés, ils n'essaient pas de les remplacer; ils cherchent à se détacher du réel, à trouver et suivre sa propre logique et détacher le public de ses préoccupations. Comme ça, l'art et les artistes sont limités en essayant de vivre. Moi aussi je réduis pour intensifier le signification, pour rendre l'image moins momentanée que les scènes de la vie.

Bien sûr, c'est vrai que la vérité est à réviser jour après jour. Mais ce n'est pas une raison pour ne plus regarder. A mon avis, l'éternel ne peut voyager que dans le momentané, et le général ne peut se présenter à nous que par le spécifique. Pour les artistes comme moi, pour qui la vie quotidienne est la fenêtre pour comprendre la vie, le plus important est de regarder sans compromis. D'essayer de rechercher, dans les images, le banal, le spécial et le spécifique. Je peux bien essayer de bénéficier des efforts publics pour stimuler l'art. Mais les artistes comme moi peuvent mieux fonctionner avec le public ; les connaisseurs bien sûr, mais sûrement aussi les gens de la rue. ‘’Mieux vaut savoir moins et aimer d'avantage", disait Erasmus, notre philosophe Néerlandais.

Les artistes comme moi qui, au lieu de se construire un monde pour eux-mêmes, veulent regarder autour d'eux, fonctionnent mieux en échangeant avec des personnes privées. J'ai été alors très heureux que les juges du Prix des Volcans 1997 aient apprécié un de mes tableaux, décidant qu'il fallait le présenter au public. Je suis aussi très fier que le public ait choisi ce tableau pour le « Prix du Public ".

J'espère que l'exposition que je vous présente aujourd'hui va stimuler la curiosité de nombreuses personnes. J'espère que cette exposition sera encore plus appréciée par le public que le seul tableau qui a gagné le prix en 1997. Pour ceux qui veulent voir plusieurs de mes tableaux, j'ai installé une deuxième exposition à Gouttières, près de Saint-Gervais-D'auvergne. Le thème en est « Le Jour ".
Je fais des journées portes ouvertes tous les week-end jusqu'au 10 juin, sur rendez-vous au 04738583 98. Vous êtes bienvenus au vernissage demain soir.

Il me reste à dire que j'ai installé cette exposition avec beaucoup plaisir. Comme toujours, j'ai apprécié de revenir en France, ce merveilleux pays où je n'ai que des dettes. Je suis heureux d'avoir l'occasion de remercier aujourd'hui le public des expositions du Conseil Général, pour son aide à réaliser une entrée si magnifique dans le milieu culturel ici.

Il me reste à exprimer ma gratitude à tous ceux qui ont rendu possible cette exposition : la mission culturelle du Conseil Général, pour son hospitalité et l'assistance à l'accrochage, à l'organisation, pour les invitations, le vernissage et tout autre support. Et aussi le public du Prix des Volcans 1997. Mille remerciements, mesdames et messieurs ! Et à vous qui participez à ce vernissage, merci pour votre aimable présence, votre patience et votre attention polie.

Wouter Verrips

Texte lu par Wouter Verrips, le 18 mai 2000, dans le hall Saint-Genès, à l'Hôtel du Département de Clermont-Ferrand., à l'occasion du vernissage de son exposition.

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